Château Servien

Aquarelle de Marie-Paule Roc (1999)


Notice sur le château Servien

Ce château, dont le nom tire son origine des quatre générations de seigneurs de Biviers qui s'y succédèrent  de 1500 à 1655, est l'un des plus intéressants fleurons historique du Grésivaudan. Il s'agit en effet du seul "lieu de mémoire" d'Abel Servien, homme d'Etat très injustement tombé dans l'oubli, bien qu'il ait été "pendant près de trente ans l'un des plus intrépides défenseurs des intérêts du roi et de ceux de la France" (Kerviler). Aussi, les amateurs de grande Histoire pourront-ils découvrir, à l'occasion de leur visite, les principales étapes du parcours extraordinaire de cet enfant de Biviers, dans les lieux mêmes qui le virent naître, le 1er novembre 1593.

 

De caractère défensif à l'origine, ce château, dont le gros oeuvre remonte vraisemblablement au XIIIème  siècle, a fait l'objet d'importants aménagements de "confort" ainsi que de divers embellissements de la Renaissance jusqu'au début de XIXème siècle. D'allure encore médiévale, il se compose de deux corps de bâtiment en équerre, l'un flanqué de deux tours rondes faisant face à la chaîne de Belledone, l'autre tourné vers le nord-est, prenant appui sur une tour carrée de construction plus massive.

 

La porte à linteau en accolade (fin XVème siècle), ouvrant sur l'escalier à vis, est surmontée d'un blason ou figurent les armes, très endommagées mais toujours lisibles, des Morand d'Arces, alliés aux Servien par le mariage en 1500 de Catherine de Morard d'Arces avec Jean Servien, arrière-grand-père d'Abel Servien. En 1655, ce dernier vendit à Antoine de Reynold, capitaine aux Gardes Suisses, "la terre et seigneurie de Biviers", où quatre générations de la même famille se succédèrent à nouveau jusqu'en 1739. Enfin, après diverses mutations, le château Servien fut acheté en 1855 par Alphonse Rallet, personnalité fort entreprenante et originaire de Château-Thierry. Après avoir fait fortune à Moscou dans l'industrie, alors naissante, des parfums dont il fut l'un des pionniers, il s'était installé en Dauphiné à la suite de son mariage avec Mathilde Farconet, fille du bâtonnier Frédéric Farconet, qui avait été le chef de l'opposition grenobloise au régime de Louis-Philippe. Cette veille demeure - dont Richelieu et Mazarin franchirent très vraisemblablement le seuil - est encore détenue de nos  jours par les descendants d'Alphonse Rallet et de Mathilde Farconet, qui s'attachent à perpétuer fidèlement le souvenir d'Abel Servien, lequel fut, sans aucun doute, l'un des plus grands - sinon le plus grand - homme d'Etat d'origine dauphinoise.

 

Bonne visite du présent site à vous tous, qui serez évidemment les bienvenus au Château Servien, et tout particulièrement ceux d'entre vous qui ont envie de découvrir dans quel contexte la France est devenue - du moins pour un temps - la première puissance européenne au détriment des Habsbourg de Vienne, puis de Madrid, qui lui disputaient conjointement et âprement ce rang.                                                           

                                                                                                                                                                 A. Jacquemont