Abel Servien, un grand diplomate dauphinois au service de l'Europe

 

Disparu depuis très longtemps de la mémoire collective des Français, Abel Servien est peut-être l'un des plus grands méconnus du "premier XVIIesiècle". En effet, hormis quelques rares initiés, qui se souvient encore de cet éminent diplomate dont la carrière s'est déroulée tout au long d'une période décisive qui a permis à la France d'accéder, du moins pour un temps, au rang de première puissance européenne que lui disputaient les Habsbourg ? 

Après avoir été successivement procureur général du parlement de Grenoble, maître des requêtes à l'Hôtel du roi, puis intendant de justice et police en Guyenne, Abel Servien reçoit dès 1630 la charge prestigieuse de secrétaire d'Etat à la guerre qu'il assume jusqu'en 1636.  Au terme d'une disgrâce prolongée, il revient aux affaires en 1643, à l'appel de Mazarin, pour négocier longuement les fameux traités de Westphalie qui mettent fin, en 1648, à la guerre de Trente Ans. Devenu ministre d'Etat, il gouverne de facto  la France durant la Fronde des princes et l'exil du Cardinal, conjointement avec son neveu Hugues de Lionne et son rival Michel le Tellier. Enfin, il est nommé en 1653 surintendant des finances, fonction qu'il exerce, collégialement avec Nicolas Fouquet, jusqu'à sa mort en 1659. 

Ce parcours exemplaire témoigne de l'émergence d'une nouvelle élite politique issue de la robe, et sur laquelle Richelieu, puis Mazarin, prennent appui pour restaurer et affermir une autorité royale violemment contestée, notamment par la grande noblesse.

Parce qu'il a été "la créature" de ces deux cardinaux-ministres exécrés, l'image d'Abel Servien a été délibérément falsifiée, en son temps, par de nombreux pamphlétaires stipendiés par des factions hostiles. Mais face au "Tribunal de l'Histoire", il revient aux Dauphinois d'aujourd'hui d'instruire enfin de manière impartiale la cause de cet homme d'Etat tombé dans un injuste oubli, et qui fut sans aucun doute l'un des plus grands des nôtres. 

 

La guerre de Trente Ans et la Paix de Westphalie

Diaporama réalisé en 1998 pour le compte du Ministère des Affaires étrangères.


S’ils ne sont pas tous deux nommément cités, on remarquera les portraits des deux négociateurs français de la Paix de Westphalie, à savoir Abel Servien et Claude de Mesmes, comte d’Avaux, sept minutes après le début du diaporama ci-dessus.

Suite à un désaccord de fond, ce dernier a dû quitter la table des négociations en mars 1648, tout en laissant à son rival - qui avait l’oreille de Mazarin - le soin de les poursuivre jusqu’à leur achèvement, puis de signer pour le compte de la France le traité de Münster (entre catholiques) le 24 octobre 1648.

Pour plus de détails sur la longue querelle Servien - d’Avaux, on pourra se reporter à la biographie publiée par Hélène Duccini en 2012 (voir plus loin)